du 27/02/1999
le sculpteur Etienne. Aujourd'hui partie intégrante du paysage, la sculpture d'Etienne, place de la gare, regarde défiler les voyageurs. Histoire de ces Amoureux de bronze. Nous passons, pour beaucoup d'entre nous, chaque jour devant elle. Des regards distraits, intrigués, armés se posent sur cette pièce de bronze. Elle trône place de la Gare au beau milieu des Mantais qui, d'un pas pressé, vont prendre leur train quotidien. Elle, c'est la sculpture dite des amoureux qui se trouve place du 8 Mai 45. Place de la gare, place de la guerre... L'uvre est touchante. Elle a été réalisée par un humaniste qui veut transmettre avant tout du bonheur. II s'agit du sculpteur Etienne. Quand il évoque son uvre, il explique : « Elle représente deux personnes qui s'aiment et se le prouvent, mais une gare est un lieu de retrouvailles, donc heureux ; mais aussi le lieu malheureux des séparations. Ma sculpture évoque davantage le bonheurdes retrouvailles. Je la trouve tendre ». II poursuit, « Avez-vous remarqué que les deux personnages n'ont pas de yeux ? J'omets très souvent les yeux dans mes uvres. Car ils monopolisenf l'intérêt. Lorsque I'on rencontre une personne, le plus souvent on regarde ses yeux en premier. Dans la sculpture, c'est la même chose. Omettre les yeux, c'est suggérer davantage le regard sur la globalité de l'uvre. Mais attention, sans yeux ne veut pas dire sans regard. Les larmes ne peuvent donc pas couler des yeux, laissant une plus grande part à la vie intérieure, à I'émotion ». En bronze patiné et poli. Cette sculpture a été réalisée en bronze patiné et poli. Elle a été fondue chez le fondeur Landowski à Bagnolet avec lequel Etienne travaille depuis une vingtaine d'années. «J'ai été consulté par la municipalité de Mantes La Jolie dans le cadre d'un concours. J'ai disposé d'une grande liberté pour sa conception. Le seul impératif était sa dimension. » Lorsqu'on lui demande s'il est satisfait de ses Amoureux Etienne répond Oui. « Une seule petite déception : le plan initial d'urbanisme prévoyait que la sculpture se situerait devant un gros arbre. La partie arrière ne devait pas être visible. Or, il n'y a pas d'arbre. Du coup, la partie arrière est plus abstraite que I'avant. Toutefois, je trouve l'idée des jets d'eau qui cachent le socle très amusant : cela donne l'illusion que les deux personnes émergent de l'eau. .. /... .../... Qu'elles sont arrachées a la terre, qu'elles volent au-dessus des jets d'eau, comme des ballons. » Cet arrachement a la terre est personnalisé par une figure emblématique du sculpteur : l'oiseau. Sur son style, I'artiste confie qu'il fait partie des gens qui travaillent de manière figurative. « J'aime les uvres contemporaines : d'Henri Morre, de César. En particulier ses masques, le centaure qui se trouve a Paris. Mais à présent, je me sens moins influencé qu'à mes débuts. Maintenant, je me sens moi-même. Je suis attaché à certains thèmes, à des valeurs et particulièrement à l'Homme qui essaie de s'élever plutôt que se rabaisser. Les valeurs de l'amour, de l'amitié façonne chacune de mes uvres . Je suis sensible à la beauté. » La sculpture : une vocation. Amoureux de la poésie et surtout de la musique, Etienne a commencé à se passionner pour la sculpture à l'âge de 16 ans. Après une licence d'Arts Plastiques, il entre pour trois ans l'école Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris. Aujourd'Hui, partagé entre ses ateliers de l'Ile de Ré et de Paris, il se concentre sur l'exposition qui aura lieu du 18 au 27 mars, dans la fonderie Landowski de Bagnolet autour du thème : « Un sculpteur et son fondeur ». Ce titre en dit long sur le lien fusionnel qui doit unir le sculpteur et le fondeur. " Il s'agit d'une connivence. Le fondeur tient une place fondamentale dans le cheminement vers la naissance d'une uvre. Cest lui, qui d'un objet en platre ou en terre, le fait passer pour l'éternité dans le passage au bronze. Pour ne pas trahir l'esprit de la sculpture, le fondeur doit être proche de l'artiste, comprendre son projet, comprendre ce qui a guidé le travail de ses mains." Cette exposition rétrospective, patronnée par le Ministère de la Culture et le SEMA (société d'encouragement aux métiers d'arts), aura le mérite, tout en exposant vingt ans du travail d'Etienne, d'offrir un aspect didactique : les visiteurs apprendront comment une sculpture en bronze se réalise. Les adeptes des Amoureux de la gare s'y retrouveront! Exposition du 18 au 27 mars - Uniquement sur réservation par téléphone pour rendez-vous